Brésil: Linguapax réprouve le veto présidentiel au projet de loi sur l’éducation indigène

educació indígena brasilLe 29 Décembre 2015, la Présidence de la République du Brésil a envoyé au Sénat le message nº 600 dans lequel il opposait son veto au projet de loi nº 5954-2013 (nº 186-2008 au Sénat) approuvé par le Congrès national, après consultation du Ministère de l’Éducation (MEC) et du Ministère de la planification, du budget et de l’administration (MPOG). Le projet est considéré comme contraire à l’intérêt public.

Partant de l’hypothèse, explicite dans la loi, qu’au Brésil l’éducation scolaire des communautés autochtones est différenciée, le projet a été présenté au Sénat, en 2008, par le sénateur Cristovam Buarque et complété par l’alors sénateur Fátima Celeide. Le projet améliorait l’article 79 de la Loi des Directives et des Bases de l’éducation nationale (LDB) en stipulant que les processus d’évaluation de l’enseignement doivent respecter les caractéristiques culturelles des communautés autochtones. En outre, il élargissait à l’ensemble de l’enseignement primaire le droit des communautés autochtones à utiliser leurs propres langues et processus d’apprentissage. Puis le sénateur Valdir Raupp, après analyse du projet, a proposé d’étendre la garantie de l’usage des langues maternelles et des processus d’apprentissage à la formation professionnelle et à l’enseignement supérieur. Après plus de 7 ans d’examen par le Congrès et de nombreuses Commissions parlementaires, le projet a été envoyé à la présidence de la République au début du mois de Décembre 2015.

Au lieu de ratifier la volonté exprimée par les députés et sénateurs, ainsi qu’un large secteur de la société civile, et répondre ainsi aux espoirs que le Brésil se maintiendrait dans le courant mondial favorable à la défense des droits des peuples autochtones à la diversité linguistique et à une scolarisation vraiment différenciée, le veto du gouvernement marque un recul et un manque de respect de garanties qui semblaient indiscutables.

Plus de 150 langues autochtones survivent au Brésil, à différents degrés de vitalité. C’est un patrimoine d’une valeur inestimable et constamment menacé par la scolarisation homogénéisatrice et assimilatrice, par les préjugés de la société environnante, par le monolinguisme et le monoculturalisme qui caractérise une grande partie des Etats nationaux.

Linguapax international se joint aux organismes gouvernementaux et non gouvernementaux brésiliens qui ont fermement condamné ce veto, et avertit du danger que le Brésil renonce à se situer au-devant du mouvement international pour la défense de la diversité linguistique et pour se reléguer au niveau de ceux qui prétendent anéantir les minorités accusées d’être un obstacle au développement qui ignore, humilie et détruit les peuples et les façons de vivre et de s’exprimer.

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