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REPUBLIQUE DU TATARSTAN : EXPERIENCE DE MISE EN PLACE DE LA "SOUVERAINETE
LINGUISTIQUE"
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Laisan MOUKHARIAMOVA
Université de Médecine
d'Etat de Kazan,
République du Tatarstan, Russie
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Le principe de la "souveraineté
linguistique" aux côtés de l'égalité
de tous les groupes ethno-linguistiques a été stipulé
dans la loi de la République Fédérative soviétique
socialiste de la Russie (RSFSR) "Sur les langues des peuples
de la RSFSR" en 1991, dans le contexte de la réforme
linguistique qui a eu lieu à la fin des années 80
- début 90 dans toutes les républiques fédérées
de l' URSS. Ce principe a été défini dans
la loi comme "ensemble des droits des peuples et de l'individus
de sauvegarder et de développer pleinement sa langue maternelle,
d'être libre de choisir et d'utiliser les langues de communication".
Dans la littérature scientifique le principe de la "
souveraineté linguistique " reçoit des évaluations
diverses. C'est ainsi que M Dorovskikh E.M. le considère
non seulement comme discutable mais comme pas encore revêtu
de contenu juridique. La " souveraineté linguistique
" ainsi que la souveraineté de l'individus dans le
domaine des relations linguistiques, selon l'auteur, sont vagues
et inopportunes. Sinon, comme il est souligné, il faudrait
démembrer la notion de la souveraineté nationale
en distinguant ses divers aspects [ Cf. : Le Droit et la langue
nationale : harmonisation des relations linguistiques de la Fédération
de Russie. - M., 1996. - p.38 ]. Or, selon notre point de vue,
le terme de la " souveraineté linguistique "
est valable en tant que notion analytique.
Pour évaluer la réalisation pratique de la norme
concernant "la souveraineté linguistique", il
est important d'examiner un des exemples les plus spectaculaires:
la situation linguistique du Tatarstan et les changements du statut
de la langue tatare. Tout d'abord, les Tatars représentent
statistiquement le deuxième groupe ethnique dans la Fédération
de Russie après les Russes.
Ensuite, la langue tatare était depuis plusieurs siècles
une langue très développée, polyfonctionnelle,
qui possédait une puissance communicative et avait une
base démographique importante. Aujourd'hui, le tatar est
parlé par plus de 5 millions d'habitants de la Russie et
par environ 1,5 millions de personnes appartenant à la
diaspora tatare à l'etranger. Le tatar est une langue d'instruction
dans un tiers de régions russes où l'enseignement
est dispensé dans des langues non-russes (1/3 d'établissements
d'enseignement et 1/3 d'élèves de ces établissements).
Ensuite, après de fameux réglements des années
30 - l'arrêté du Comité Central du Parti Communiste
(bolchévik) de l'URSS et du Sovnarkom (Conseil des Commissaires
du Peuple) du 13 mars 1938 " Sur l'enseignement obligatoire
dans les écoles des républiques nationales et des
régions " - de toutes les langues des peuples de la
Russie l'enseignement secondaire n'a conservé que le tatar
et le bachkir.
Et enfin, la République du Tatarstan a présenté
au début des années 90 les revendications les plus
radicales concernant le statut politique et juridique particulier
(sans prendre en compte la Tchetchenie) dans ses relations avec
le Centre fédéral, y compris la proclamation de
la république comme sujet du droit international, associé
à la Russie sur la base d'un accord interétatique.
La période précédant les changements socio-politiques
radicaux a été caractérisée par la
réduction des domaines du fonctionnement de la langue tatare,
surtout par rapport aux langues des groupes ethniques titulaires
dans les ex-républiques fédérées.
Pendant les années 80, le nombre d'élèves
recevant l'instruction en tatar dans la Fédération
de Russie a baissé de plus de deux fois. Au Tatarstan,
seuls 12 pourcent d'élèves faisaient leurs études
en tatar, principalement dans le milieu rural. On constate aussi
une réduction importante d'édition de livres et
de tirage de la presse tatarophones.
Dans ce contexte, plusieurs NGO de tendance nationaliste ont mis
l'accent dans leurs activités sur les revendications concernant
l'amélioration du statut de la langue tatare. Sous la pression
du mouvement national, "La Déclaration de souveraineté
d'Etat" a été adoptée en 1990. Elle
a proclamé l'égalité d'usage des langues
tatare et russe, en leur qualité de langues officielles.
Le statut officiel des deux langues a été déterminé
en mars 1992 par la Constitution de la République du Tatarstan,
et en juin 1992 dans la loi de la République du Tatarstan
"Sur les langues des peuples de la République du Tatarstan".
Conformément à cette loi, l'enseignement paritaire
des langues tatare et russe a été mise en place
dans toutes les écoles (à l'exception de l'enseignement
supérieur). Paralèllement, la loi prévoyait
10 ans pour mettre en oeuvre plusieurs articles de la loi (concernant
l'usage du tatar dans l'administration, les institutions d'Etat,
les entreprises et organisations, dans la correspondance respective,
dans les domaines d'industrie, de transport, de comunication et
d'énergétique), au fur et à mesure d'apprentissage
des deux langues officielles par la population de la république.
Le Programme d'Etat adopté en juin 1994 concernant la sauvegarde,
l'étude et le développement des langues des peuples
du Tatarstan prévoyait l'introduction du "minimum
lexical" pour des catégories professionnelles différentes,
ainsi que pour les fonctionnaires d'Etat, et en plus, l'attribution
d'une prime au salaire pour le bilinguisme (en réalité-
pour la maîtrise de la langue tatare) après un examen
spécial.
Alors, quels objectifs ont-ils été atteints apres
la réalisation des principes de la "souveraineté
linguistique", et qu'est-ce qui reste en suspens? La conquête
très importante de la politique linguistique au Tatarstan
concerne l'élargissement des domaines du fonctionnement
de la langue tatare, des zones de son usage public dans les contextes
officiel et socio-culturel.
Pendant les années 90, le nombre d'élèves
faisant leurs études en langue tatare a augmenté
de 65 à 140 mille (48 pourcent des enfants tatars font
désormais leurs études en tatar). Le nombre d'élèves
étudiant le tatar comme discipline a augmenté de
160 jusqu'à presque 400 mille (98 pourcent de tous les
élèves de l'école primaire et secondaire).
La langue tatare a connu sa plus large expansion dans les écoles
de la Russie - 16 républiques et régions. Dans 912
écoles tatares comptant 50 mille élèves en
tout l'enseignement est dispensé dans la langue maternelle,
dans 820 écoles plus de 110 mille apprenants étudient
le tatar- langue étangère [ Cf. : Etude de la langue
tatare dans les régions de la Fédération
de Russie : problèmes et perspectives. - Kazan, 1998. -
p.96 ].
On entend désormais le tatar au parlement de la république,
dans les établissements officiels, dans les salles de cours
des établissements d'enseignement supérieur, lors
des manifestations publiques. Le temps d'émission radio
et télé en tatar a augmenté. Aujourd'hui
74 journaux et 18 revues paraissent en tatar. En général,
on constate l'augmentation de la présence physique de la
langue tatare, qu'on entend aujourd'hui pratiquement partout.
Cependant, une partie importante de l'élite tatare, surtout
le milieu des intellectuels, reste toujours insatisfaite de l'état
de la langue tatare. Une critique sévère est liée
au fait que le statut officiel de cette langue reste formellement
déclaratif.
Lors de l'évaluation du niveau de la réalisation
de la politique linguistique au Tatarstan, y compris la réalisation
du principe de la "souveraineté linguistique",
il faut distinguer les aspects objectif et subjectif. A la fin
de dix ans du fonctionnement de la législation linguistique
du Tatarstan, les conquêtes pratiques ont l'air contradictoire.
La langue tatare, ayant reçu le statut juridique de langue
officielle, n'est pas devenue langue de travail quotidien des
administrations, des organisations et des entreprises. Les exigences
dans ce domaine, concernant, par exemple, le secrétariat
et la correspondance, et, en général, l'informatique
et les télécommunications, sont restées au
niveau des voeux. Les mesures concrètes qui auraient dû
amener au bilinguisme de nombreuses catégories professionnelles
et des fonctionnaires d'Etat, n'ont pas été réalisées.
Aujourd'hui on ne parle plus ni des minimums lexicaux, ni des
exigences de bilinguisme, ni des examens de connaissance de deux
langues officielles. La possibilité même d'attribuer
des primes de bilinguisme a été officiellement annulée
par le Ministère Public du Tatarstan. Tout cela reflète
la probabilité d'attendre dans l'avenir proche le bilinguisme
paritaire, équilibré ou symétrique dans la
république.
Ensuite, l'insatisfaction notable est provoquée par le
niveau d'enseignement et d'apprentissage du tatar et du russe
dans les écoles du Tatarstan. D'une part, les résultats
attendus ne sont pas atteints à cause des moyens extensifs
du développement de la langue tatar dans le système
d'enseignement. A la fin de l'apprentissage du tatar comme discipline,
la plupart d'élèves- tatars, russes, ou d'autres
ethnies - ne parlent pas couramment cette langue. D'autre part,
le temps important consacré à l'étude du
tatar, selon de nombreux parents russophones, viole le principe
de choix volontaire de la langue d'enseignement, les droits civils
de leurs enfants, et cause les dommages à l'apprentissage
efficace de la langue russe qui sera le moyen de leur future activité
professionnelle.
Et enfin, on aperçoit un certain nombre d'indices témoignant
que "la souveraineté linguistique" est restée
dans le passé comme symbole de l'ambiance du "romantisme"
démocratique du début des années 90. De nombreuses
décisions des dirigeants de la république concernant
l'usage de la langue tatare ont provoqué la réaction
négative du Centre fédéral - aussi bien au
niveau juridique formel, qu'au niveau politique. Par exemple,
la norme concernant l'exigence du bilinguisme pour le candidat
au poste du président de la république a été
annulée par la décision du tribunal Constitutionnel
de la Fédération de Russie. Les efforts des dirigeants
du Tatarstan concernant l'introduction dans les nouveaux passeports
russes des inscripiptions en langue tatare, se sont couronnés
par une semi-décision de délivrer quelques pages
correspondantes non-obligatoires.
Dans le cas du Tatarstan, le potentiel de la " souveraineté
linguistique " s'est reflété d'une manière
la plus dense dans les tentatives du passage de l'alphabet tatar
à la graphie latine, dans une originale " affaire
de l'alphabet latin ".
L'écriture de la langue tatare a une histoire longue et
compliquée. A l'époque de la Bulgarie Volgienne
elle était fondée sur l'alphabet runique, ensuite
- sur celui de l'ouighour. C'est avec l'adoption de l'islam par
les ancêtres des Tatars contemporains au dixième
siècle qu'on a commencé à employer la graphie
arabe. Cet alphabet a servi de base à un développement
assez important de l'imprimerie, de l'enseignement, de la presse
périodique. Durant la première moitié du
XIXe siècle l'imprimerie de l'Université de Kazan
à elle seule a édité plus de 260 livres en
langue tatare. De 1801 à 1927 ont été édités
70 dictionnaires de la langue tatare [Cf. : Minnoullin K., Valioullin
R. La langue tatare dans les dictionnaires. Index bibliographique.
- Kazan, 1998. - p.9-20 ]. Dans la période avant la révolution
(1905-1917) dans les années différentes on a vu
paraître 58 journaux et 37 revues en tatar [Cf. : Journaux
et revues en tatar (1905-1985). - Kazan, 1989. - p.5-14 ].
Les propositions de la substitution de la graphie latine par une
autre reflétant d'une façon plus exacte le caractère
spécifique des langues turques ont commencé à
surgir au milieu du XIXe siècle. L'insatisfaction de l'alphabet
arabe était causée par le fait qu'il manquait de
signes pour les voyelles des langues turques d'un côté
et par la présence des lettres coïncidant à
aucun son turc de l'autre.
Après octobre 1917 les tendances au changement des alphabets
turcs reçoivent le second souffle. Les travaux de réformation
de la graphie des langues turques ont commencé généralement
au niveau régional et étaient peu coordonnés
par le Centre. Le premier comité d'un nouveau alphabet
turq a été créé à Bakou (Azerbaïdjan)
au mois de juillet 1922. En juillet 1924 un nouveau alphabet latinisé
a été reconnu " national et obligatoire "
selon le décret du Comité Exécutif Central
de la république de l'Azerbaïdjan. En 1926 a été
institué le Comité Central de l'URSS d'un nouveau
alphabet turc (CCU NAT) et on a organisé le congrès
des peuples turcs à Bakou. Les Tatars y ont été
représentés par la délégation de 9
personnes avec un écrivain et homme public éminent,
président du Centre Académique de la république
du Tatarstan, Galimdjan Ibraguimov à sa tête. Il
est important de souligner que l'attitude des dirigeants de la
république a été formulée pour la
délégation encore à Kazan. Dans un arrêté
spécial le secrétariat du comité régional
tatar du Parti Communiste (bolchévik) de l'URSS a récommandé
de ne pas faire d'objections au passage à l'alphabet latin
en principe, mais de considérer ce passage à un
nouvel alphabet dans les conditions de la république du
Tatarstan comme pratiquement impossible.
Selon notre point de vue, l'attitude négative de l'élite
tatare et des dirigeants politiques envers la substitution de
la graphie était évidemment liée en premier
lieu au niveau de l'instruction des Tatars à cette époque
montant jusqu'à 40 pourcent Cet indice surpassait considérablement
le niveau de l'instruction des autres peuples turcs : 3,7 pourcent
pour les Tadjiks, 10,6% pour les Ouzbeks, 12,5% pour les Turkmènes,
15,1% pour les Kirghizs, 22,8% pour les Khazakhs, 25,2% pour les
Azerbaïdjanais [ Cf. : Baskakov N.A. De l'expérience
de l'étude des alphabets latinisés des peuples turcs
de l'URSS // Problèmes du perfectionnement des alphabets
des peuples turcs de l'URSS. - M., 1972. - p. 215-337 ]. Dans
les mêmes années à Kazan un autre groupe des
intellectuels présidé par F. Saïfi-Kazanly
a créé la société " Yanalif ",
qui a dirigé la lutte pour le passage à l'alphabet
latin et qui a déclaré la nécessité
de rompre les liens entre le présent et le passé.
En 1929 a été créé le Comité
Central de l'URSS d'un nouvel alphabet auprès du Présidium
du Conseil des nationalités du Comité Exécutif
Central de l'URSS. Le passage à un autre alphabet devient
le problème de la politique d'Etat par rapport à
tous les peuples turcophones. Les discussions tombent en désuétude
et commencent à être incongrues. La même année
1929 toutes les langues turques du pays ont passé à
l'alphabet latinisé y compris celles d'entre elles qui
ont jadis utilisé l'alphabet russe sauf la langue tchouvache
qui a conservé sa graphie cyrillique.
L'alphabet tatar fondé sur la graphie latine est reconnu
comme officiel par l'arrêté spécial du Conseil
des Commissaires du Peuple de la République Soviétique
Socialiste Autonome Tatare du 3 juillet 1927. L'alphabet arabe
est proclamé suranné, techniquement imparfait, lié
aux vestiges du Moyen Age. La mise en oeuvre de la graphie latine
dans la variante de " Yanalif " est réglementé
par un nombre d'ordonnances des organes gouvernementaux de la
république du Tatarstan, et dans l'ordonnance du Comité
Exécutif Central et du Conseil des Commissaires du Peuple
de la république du 20 février 1929 est fixée
la date du passage définitif à un nouvel alphabet
c'est le 1er janvier 1931. A la même époque a été
prévu le passage à " Yanalif " de toutes
les matières enseignées en tatar dans toutes les
écoles, établissements scolaires et ceux d'instruction.
Une place particulière a été accordée
à la rééducation des gens instruits à
la base de la graphie arabe ainsi qu'au passage à "
Yanalif " de tout le système de l'expédition,
de la presse périodique, de l'imprimerie et d'autres.
Le caractère hétérogène et contradictoire
des réformes qui ont eu lieu n'empêche pas le fait
que le rôle du changement des alphabets n'est pas mis en
question. L'alphabet latinisé a donné du souffle
au développement rapide de l'instruction et à une
plus grande édition de la littérature en langues
turques. De 1927 à 1939 on a publié 7 mille ouvrages
en tatar, et à partir de 1939 jusqu'à maintenant
quelques 10 mille titres à la base de la graphie cyrillique.
Outre une plus grande correspondance fonétique par rapport
à la graphie arabe parmi les avantages de " Yanalif
" les savants citent son caractère considérablement
unifié. Pourtant dans de diverses républiques à
la population turcophone on n'a pas constaté de rapprochement
des langues à cause de la coordination insuffisante dans
la matière de la construction linguistique.
En général, le passage à la graphie latine
s'opérait dans l'atmosphère psychologique et idéologique
du romantisme post-révolutionnel lié à la
dominante des idées de l'internationalisme. Des attentes
de la révolution mondiale, espoirs de l'alliance prompte
avec le prolétariat de l'Occident engendraient même
les idées du passage de l'alphabet russe à la graphie
latine, les idées qui étaient examinées par
la commission spéciale du Commissariat du Peuple de l'Instruction
Publique de l'URSS en 1930. Pourtant l'enthousiasme révolutionnel
et international a commencé à s'affaiblir, les perspectives
de la révolution mondiale étaient au moins remises,
les objectifs du renforcement de l'Etat et de la centralisation
ont prévalu. En 1937-1941 toutes les langues des peuples
turcophones du pays ont passé à la graphie cyrillique.
Le 5 mai 1939 au Tatarstan, selon les informations annoncées,
l'écriture tatare a passé à la graphie russe
en vertu du décret du Présidium du Conseil Suprême
de la république qui venait au-devant " de nombreuses
revendications " des travailleurs tatars. Ce n'est pas nécessaire
de préciser que tout cela était fait à l'aide
des moyens purement administratifs en dehors d'une discussion
dans l'esprit du pluralisme. Certainement, c'était un pas
vers la russification forcée en tant que principe de départ
de la politique linguistique des dirigeants soviétiques
du parti qui a prévalu vers la fin des années 30.
Dans le cadre des transformations politiques et sociales des années
80-90, dans l'atmosphère de la croissance de conscience
du peuple, de l'essor de l'intérêt à la problématique
de l'avenir ethnoculturel et ethnolinguistique des peuples du
pays le problème de la base graphique de la langue tatare
a reparu dans l'ordre du jour.
De nombreuses interventions dans la presse des représentants
de l'élite intellectuelle nationale qui étaient
consacrées à la langue tatare contenaient à
partir de 1990 des réflexions sur la réforme des
bases graphiques de la langue. Ont émergé quatre
orientations principales : 1) retour à la graphie arabe
comme au système d'écriture ayant la plus longue
expérience historique de fonctionnement ; 2) conservation
de la base cyrillique réformé de l'alphabet tatar
avec l'addition des signes manquant ; 3) reconstitution de "
Yanalif " ; 4) adoption de la variante actuelle de l'alphabet
latin. Lors de la discussion les partisans de la dernière
variante ont gagné les positions dominantes.
Le Centre Social Tatar (CST) en tant que pouvoir le plus puissant
du mouvement national a revendiqué lors de son congrès
constituant en 1989 les "garants constitutionnels "
de la langue tatar sans toucher les problèmes des bases
graphiques de l'alphabet tatar. Le deuxième congrès
du Centre Social Tatar en février 1991 a adopté
le programme incluant un article spécial " La Consolidation
des cultures turques ". Le document contenait une critique
sévère de la pratique de séparation artificielle
des peuples turcs prévoyant la " création de
dizaines d'alphabets différents ". Le congrès
a décidé d'entamer le travail préparatoire
de la " création de l'alphabet turc unifié
à la base de la graphie latine ". Le même article
mentionnait que la Turquie était le seul état turc
indépendant (à ce moment ) qui avait surmonté
ses problèmes intérieurs et qui a occupé
plus tôt que les autres Turcs sa place parmi les puissances
économiques actuelles " [ La Plate-forme du Centre
Social Tatar // Panorama. - 1991. - ?2 - p.27].
En 1992 lors de son congrès constituant, l'Association
Tatare " Magarif " (" Instruction publique ")
a adopté une résolution spéciale " Du
passage à la graphie latine " [ Cf. : Le Tatarstan
souverain. Documents. Matériels. Chronique. Volume III.
- M., 1998. - p.91].
En même temps on a développé le travail dans
le milieu des spécialistes-linguistes. En novembre 1991
à l'Université Marmar de Stamboul à l'initiative
du professeur Nadir Davlet (qui a les racines tatares) et avec
la participation des spécialistes des pays, républiques
et régions de la CEI turcophones a eu lieu la conférence
consacrée à la création de la variante unifiée
des alphabets turcs à la base de l'alphabet turc avec addition
de cinq lettres. En juin 1992 Kazan a recueilli le Congrès
Turc International qui a fait quelques amendements aux décisions
de Marmar. En mars 1993 à Ankara a été organisée
une grande conférence sur les problèmes du passage
à la graphie latine. [ Cf.: Zakiev M.Z. Conserver la langue
maternelle - conserver la nation // Tatarstan scientifique. -
1997. - ? 3-4. - p.110 ].
Enfin, vers la fin de mois d'août 1997 lors du deuxième
congrès de l'Union Internationale des associations sociales
le " Congrès Mondial des Tatars " - organisation
créée directement sous l'égide des pouvoirs
républicains - a adopté une résolution prévoyant
" le passage à la graphie latine, répondant
aux exigences actuelles du développement mondial "
[Congrès Mondial des Tatars (deuxième convocation).
- Kazan, 1998. - p.357].
En ce qui concerne les mesures des organes d'Etat proprement dits,
le 20 juillet 1994, le Conseil Suprême de la République
a ratifié " Le Programme d'état de la république
du Tatarstan de la sauvegarde et du développement des langues
des peuples de la république du Tatarstan ", qui en
particulier prevoyait le point suivant : " Elaborer des propositions
concernant le passage progressif à la graphie basée
sur l'alphabet latin ". L'Académie des sciences de
la république a été chargée de la
réalisation de ce point dans le délai fixé
à l'an 1995. Il faut noter que la loi " Sur les langues
des peuples de la républilque du Tatarstan " adoptée
en juillet 1992 ne contient aucune mention du passage à
l'alphabet latin bien qu'elle inclue l'Article 7 sur le Programme
d'Etat qui " prévoit le développement progressif
de la langue tatare par priorité à la base linguistique
turque.
Le 15 septembre 1999 le Conseil d'Etat de la république
(le parlement) adopte la Loi de la République du Tatarstan
" Sur la restitution de l'alphabet tatar à la base
de la graphie latine ". La loi prévoyait l'introduction
de l'alphabet latin par étapes : pendant l'année
scolaire de 2001/2002 - dans les maternelles et en première
classe de l'enseignement primaire ; (en 2002/2003 - en deuxième
de l'enseignement primaire, l'année suivante - en troisième,
etc...). Selon les projets le passage à l'alphabet latin
s'achevait au 1er septembre 2011.
Le cabinet des ministres de la république a pris en septembre
2000 l'ordonnance en matière des " Standards des codes
des symboles de l'alphabet tatar à la base de la graphie
latine et des programmes de base de l'utilisation des ordinateurs
". En décembre 2000 le cabinet des ministres de la
république du Tatarstan a sanctionné les règles
d'orthographe tatare à la base de l'alphabet latin. Dans
plusieurs écoles de la république a été
lancé un apprentissage expérimental de la langue
tatare à la base de l'alphabet latin. Certaines enseignes
des établissements officiels et celles avec les noms des
rues ont été faites en graphie latine.
Tout ce temps-là ne cessaient pas les discussions sur la
réforme prévue de l'orthographe. On peut distinguer
quelques plans et lignes de sujet caractéristiques des
discussions menées.
Au Tatarstan l'affrontement des opinions a révélé
trois directions.
La première concerne la conformité au but du passage
à l'alphabet latin en principe. Dans ce cas on peut constater
la prédominance existante du point de vue des partisans
de ce passage du milieu de l'élite intellectuelle tatare
et de la communauté des experts-philologues. Les voix des
adversaires sont beaucoup plus faibles. Si on fait la somme de
tous les arguments cités on pourra constater la situation
suivante. Les arguments ci-dessous ont été cités
pour l'alphabet latin:
- la graphie cyrillique ne reflète pas d'une façon
adéquate le système phonétique de la langue
tatare et crée des complications dans son orthographe (cet
alphabet manque de lettres pour la désignation des sons
spécifiques de la langue tatare : en
même temps y sont présents des signes pour lesquels
la langue tatare n'a pas de sons :
- les systèmes phonétiques des langues russe et
tatare qui diffèrent beaucoup engendrent l'interférence
de la parole russe des tatars et de la parole tatare des russophones
puisqu'elles ont le même alphabet et fonctionnent dans le
même milieu, et cela menace de la destruction des deux langues
;
- l'alphabet cyrillique s'adapte plus difficilement aux technologies
multimédia.
Les arguments des partisans de la conservation de l'alphabet cyrillique
sont les suivants : les promotions des écoles tatares auront
de grandes difficultés à faire leurs études
supérieures dans les Instituts et Universités russophones,
il leur sera aussi difficile d'avoir accès aux réseaux
d'information de la Russie. [ Cf.: Saguitova L.V. Ethnies au Tatarstan
actuel. - Kazan, 1998. - p.115 ]. " ... Nous allons embrouiller
dans les lettres les professeurs, les lecteurs, surtout ceux qui
appartiennent à la diaspora. Puisque les tirages des journaux
et des revues ont baissé de dizaines de fois non seulement
à cause de la cherté. On a commencé à
lire moins en tatar. Cela signifie que la langue elle-même
est menacée de disparition ! Il faut la sauver et pas changer
de lettres ! " - disait l'académicien Mirza Makhmoutov
[Orient-Express. - 21-27 décembre 2001]. Le célèbre
historien et publiciste Boulat Soultanbékov a mentionné
maintes fois dans la presse la menace du schisme de la nation
causé par le passage à l'alphabet latin.
Le deuxième sujet de discussions au Tatarstan c'est la
variante de l'alphabet latinisé. L'alternative de départ
qui s'est trouvée au centre des discussions de ceux qui
se proclament catégoriquement pour le refus de l'alphabet
cyrillique puisqu'il ne s'est pas affirmé juste, c'est
l'alphabet turc ou " Yanalif ". La conférence
à l'Université Marmar de Stamboul (novembre 1991)
qui a décidé de prendre pour base l'alphabet turc
en y additionant cinq lettres a commencé en effet à
être considérée comme un événement-clé.
Le camps des partisans de la variante turque de l'alphabet latin
peut être associé au Tatarstan à l'académicien
Mirfatykh Zakiev. Le camps opposé est représenté
par ceux qui se proclament pour " Yanalif " en y additionnant
la lettre "w" (docteurs es sciences philologiques Kourbatov
Kh., Khakov V., Safioullina F., un nombre de littérateurs
éminents).
La troisième direction des discussions est liée
à l'évaluation du degré de la politisation
du problème de l'alphabet latin en général.
Parmi les participants à ces discussions il y a ceux qui
font une démonstration de l'aspiration traditionnelle à
redonner à la réforme une valeur politique bien
prononcée liée à la lutte pour l'indépendance
des Tatars, ce sont pour la plupart les représentants de
l'aile radicale du mouvement national tatar. C'est ainsi que lors
de la réunion de l'Académie des sciences de la république
qui analysait les problèmes du passage à la graphie
latine en février 1997 le chef du parti de l'indépendence
nationale " Ittifak " Faouziya Bayramova a dit : "
il n'y est pas question uniquement de la langue. En premier lieu
nous avons besoin que notre nation, notre politique se sépare
de celles de la Russie " [Cf. : Saguitova L.V. Instructions
de travail. - p.115 ]. La position contraire c'est le refus de
l'accentuation du côté politique du problème.
Le célèbre publiciste, doyen de la faculté
du journalisme de l'Université de Kazan, Florit Agzamov
disait à ce propos : " Avant tout il ne faut pas transposer
le problème du passage à l'alphabet latin dans le
domaine de la politique. Dans la société il y a
pas mal de gens qui n'acclament pas ce passage. Le fait de leur
coller des étiquettes de réactionnaires, de conservateurs,
de gens à une âme russe et de déterminer les
latinistes comme les gens ayant une âme nationale pourrait
mettre le peuple et ses intellectuels sur la voie de séparation
et de haine " [ Magrifat. - 18 octobre 1997].
Encore un plan des discussions menées, qui est pourtant
le plus important, est lié à la réaction
à la réforme de la graphie de la part de ceux qui
sont soi-disant observateurs extérieurs par rapport au
Tatarstan : experts, figures politiques et sociales, personnages
officiels et non-officiels. La corrélation des positions
d'évaluation, des réactions, des orientations n'y
est pas évidemment pour le passage à l'alphabet
latin.
Aux adeptes d'ailleurs peu nombreux du passage à la version
latinisée de l'alphabet tatar appartient le célèbre
orientaliste-ethnologue russe Sergueï Aroutiounov qui a avancé
l'idée du caractère inévitable du passage
universel à la graphie latine : " Si une telle mesure
est entreprise dans une région à part cela signifie
que cette région a pris de l'avance sur toutes les autres
en matière du niveau de son développement culturel,
de son caractère progressiste, des tendances du développement...
Le Tatarstan est le premier parmi la population non-slave de la
Russie à adopter la loi sur l'alphabet latin. Je crois
que la globalisation et la pénétration des multimédia
dans notre vie en fin de comptes engendront durant ce centenaire
même le passage à l'alphabet latin de l'écriture
russe " [ Journal indépendant. - 7 août 2001].
Mais à l'échelle de la Russie la réaction
prédominante reste négative. Les evaluations avancées
oscillent entre un scepticisme modéré et un alarmisme
bien prononcé.
D'un côté les experts et les hommes politiques donnent
des opinions pessimistes au sujet de la conformité au but
de la réforme de la graphie de la langue tatare. Ainsi,
par exemple, le célèbre linguiste russe Vladimir
Alpatov croit que le passage de la langue tatare à l'alphabet
latin " est pour le moment la question de l'avenir et on
ne peut pas voir clair s'il sera un jour réalisé
" [ Alpatov V.M. 150 langues et la politique. 1917-2000.
Problèmes socio-linguistiques de l'URSS et de l'espace
post-soviétique. - M., 2000. - p.158]. Il cite à
ce propos les mots du spécialiste français de Russie
Hélène Carrère d'Ancosse : " L'objectif
final de la réforme est sans doute politique. Il rapproche
les Tatars de leurs confrères des états idépendants
de l'Asie Centrale et du Proche-Orient musulman. Mais le plus
important c'est ce qu'il détruit un des facteurs qui sont
d'ailleurs peu nombreux de l'intégrité de la Fédération
de Russie : usage du même alphabet qui permet un recours
facile à la langue russe " [Journal indépendant.
- 5 septembre 2000].
Le recteur de l'Université Linguistique de Moscou, coordinateur
national de la coopération de la Russie et Le Conseil de
l'Europe en matière de la politique et l'enseignement linguistiques
Irina Khaléeva partant de la prémisse que la ruine
d'un pays commence par des révolutions linguistiques dit
: " Ce décret (décret sur le passage à
la graphie latine - L.M.) bien qu'il soit signé par le
président du Tatarstan, n'est pas encore entré en
vigueur. L'argument que la langue tatare se servait jadis de l'alphabet
latin n'est pas un argument de poids comme d'ailleurs celui qui
stipule que grâce à l'alphabet latin les auteurs
tatars seront lus par le monde entier. C'est bien naïf !
" [ Journal russe. - 16 octobre 2001].
Le président du Bachkortostan Mourtaza Rakhimov a annoncé
son désaccord sur la decision du passage à l'alphabet
latin : " Les Tatars c'est le peuple qui m'est le plus proche.
On peut dire que nous sommes les deux ailes d'un oiseau. S'ils
prennent cette decision elle sera fausse, c'est mon opinion personnelle.
Il y a encore les Tatars qui vivent en dehors du Tatarstan "
[ Journal indépendant. - 27 décembre 2001].
Au Tatarstan une résonance assez importante a été
provoquée par l'adresse de 56 hommes de science, de culture,
d'enseignement, de politique, de religion et de sport éminents,
figures vraiment remarquables de la nationalité tatare
qui a été publiée dans le " Journal
russe " du 14 septembre 2001. Le document contenait des objections
contre l'introduction de l'alphabet latin et des inquiétudes
provoquées par le schisme " alphabétique "
menacant le peuple qui diviserait la population en ceux qui se
serviront de l'alphabet latin et ceux qui continueront à
utiliser l'alphabet cyrillique. Il est caractéristique
que plusieurs des auteurs de cette adresse étaient des
délégués du Deuxième Congrès
Mondial des Tatars en 1997 et ont vôté la résolution
prévoyant le passage de la langue tatare à la graphie
latine. A sa séance suivante la Commission du Conseil d'Etat
de la république en matière de la science, de l'enseignement,
de la culture et des nationalités a mis en question le
caractère authentique de la lettre [ Cf. : Orient-Express.
- 26 octobre - 1er novembre 2001].
On peut distinguer la direction des réflexions qui inscrit
en direct les perspectives de la réforme de la graphie
de la langue tatare dans le contexte de la sécurité
de la Russie y compris la sécurité informationnelle
et nationale du pays. Les tentatives du passage de la langue tatare
à la graphie latine au Tatarstan sont estimées par
quelques observateurs comme une décision manquant de responsabilité
qui s'est avérée possible par le manque de la politique
linguistique précise tenant compte des responsabilités
imposées. [ Cf.: Fadéev V.V. Politique linguistique
et le domaine d'information // Sécurité informationnelle
de la Russie dans les conditions de la société informationnelle
universelle. - M., 2001. - p.238].
Dans son livre " La Russie est-elle menacée d'un nouveau
" joug turc " ? " le chef du Parti Démocratique
Libéral de la Russie Vladimir Girinovski révèle
son attitude fort critique : " ... à l'anniversaire
suivant de la souveraineté les Tatars oublieront l'époque
où ils écrivaient les mots tatars en lettres russes...
Le programme tatar du passage à l'alphabet latin laisse
la porte ouverte à la pénétration des influences
turque et occidentale avant tout dans les mass-média, logiciels
et systèmes de communications. Le programme tatar du passage
à l'alphabet latin c'est la première étape
de l'expansion linguistique et informationnelle du panturquisme...
" [ Cf.: Orient-Express. - 15-21 mars 2002].
La réaction des pouvoirs officiels du Centre Fédéral
aux décisions prises au Tatarstan concernant la graphie
latine prenait aussi un ton sec. Ainsi en décembre 2000
les chefs des comités de la sécurité, de
l'enseignement, des nationalités de la Douma d'Etat ont
adressé au speaker de la Douma Selezniov G.N. l'information
qui prévenait du danger " de la rupture des traditions
culturelles d'écriture du peuple tatar ", de l'éventualité
" des dépenses financières considérables
", de l'isolement potentiel de la plupart de la population
tatare de la Russie de leur culture ". La conclusion figurant
dans le document est liée à la menace de l'expansion
spirituelle de la Turquie dans les sujets de la Fédération
de Russie, elle dit : " ... les projets du passage de l'écriture
tatare dans la république du Tatarstan à la graphie
latine ... dissimulent la menace à la sécurité
nationale et à l'intégrité du territoire
de la Fédération de Russie ".
Le 14 février 2002 dans la Douma d'Etat a eu lieu la "
table ronde " où ont été discutées
les propositions d'amendements à la Loi fédérale
sur " Les langues des peuples de la Fédération
de Russie ". Une des variantes des amendements proposés
entre autres par quelques députés du Tatarstan (Sali
A., Chachourine S., Akhmetkhanov S.) consiste en ce que les langues
d'état des républiques faisant partie de la Fédération
de Russie peuvent se servir uniquement des alphabets à
la base de l'alphabet cyrillique. Ensuite, le 12 mars 2002 le
Conseil de la Douma d'Etat a pris la décision de soumettre
ce projet de loi à l'examen de la séance plénière
de la chambre des députés.
Du point de vue idéologique les partisans du passage à
l'alphabet latin ont estimé ces mesures comme la manifestation
de " l'impérialisme linguistique ". Le député
de la Douma d'Etat Fandas Safioulline a réagi d'une manière
affective aux décisions élaborées en affirmant
qu'on a lancé une accusation horrible contre tout le peuple
tatar et ses intellectuels - " ils ont été
déclarés un espion turc collectif " [Temps
et argent. - 13 mars 2002 ]. Du point de vue politique et juridique
le projet d'amendements à la loi sur les langues des peuples
de la Russie est considéré comme contraire à
la Constitution de la Fédération de Russie. Les
experts en problèmes ethniques et linguistiques du Tatarstan
n'excluent pas la possibilité du recours aux mécanismes
de la protection juridique internationale.
Quelle est donc la situation pratique créée autour
de la réforme de la graphie de la langue tatare dans la
république ?
A été entamé le passage exprérimental
de l'enseignement des élèves-tatars à l'alphabet
basé sur la graphie latine embrassant 62 écoles
dans toutes les régions de la république du Tatarstan,
100 classes, quelques 1600 élèves. Ont été
édités des dictionnaires d'orthographe (général
et scolaire), 5 types de manuels et d'ouvrages méthodiques,
des livres pour les enfants. La rééducation des
professeurs a été également organisée.
Pourtant à la fin de l'été 2001 s'est passé
un événement qui a eu pour conséquence l'ajournement
du passage massif à l'alphabet latin à un terme
indéterminé (autrement dit la remise de la réalisation
de la loi de 1999). Le 18 août 2001 dans son entretien avec
des journalistes le président du Tatarstan Mintimer Chaïmiev
a fait la conclusion : il ne faut pas forcer le passage de l'écriture
tatare de l'alphabet cyrillique à l'alphabet latin, il
faut encore une fois peser le pour et le contre. Cette décision
est expliquée par le fait que le président reçoit
un nombre de lettres des " Tatars résidant en dehors
de leur lieu d'origine historique, qui témoignent de l'incompréhension
des raisons du passage de l'écriture tatare à l'alphabet
latin ". Les discussions ne cessent pas dans la république
elle- même. Les professeurs de tatar ne se sentent pas sûrs
non plus, surtout dans les régions rurales. " C'est
pourquoi aujourd'hui je ne suis pas sûr que nous avons tout
prévu concernant le passage à l'alphabet latin,
il faut continuer l'enseignement expérimental sans politiser
la situation" - a conclu M.Chaïmiev. [ Temps et argent.
- 21 août 2001].
C'est ainsi que dans le segment le plus important et législativement
garanti de la réforme linguistique au Tatarstan le principe
de la souveraineté linguistique n'a pas été
en pratique réalisé dans toute la force de ce terme
en laissant les orientations déterminées de la politique
linguistique et les décisions prises à ce sujet
au stade de l'approbation expérimentale. Les dirigeants
de la république et l'élite intellectuelle tatare
n'ont pas pu profiter du droit de la suprématie de la volonté
en matière de questions concernant le sort de l'alphabet
tatar sous la forme qui est prévue quand il s'agit des
droits et des compétences souverains d'un sujet.
L'analyse des causes de l'échec de la " souveraineté
linguistique " va probablement exiger des synthèses
à un plus vaste segment historique ce qui ne peut être
que le problème de l'avenir. L'affaire de l'alphabet latin
peut être considérée ouverte ou close selon
la dynamique et les perspectives du développement social
du Tatarstan. Le bilan final de ce qui se passe ne peut être
prévu qu'avec une certaine probabilité. Pourtant
certaines circonstances peuvent être considérées
comme accessibles à l'analyse déjà de nos
jours. Selon notre point de vue, il y a deux causes les plus évidentes
de l'échec de la réalisation des décisions
concernant l'alphabet latin.
Premièrement c'est le processus de l'acquisition par le
Tatarstan de la souveraineté nationale et étatique
dans le cadre politique et juridique d'un côté, et
les tentatives de la mise en place de la " souveraineté
linguistique " de l'autre qui ont été effectués
d'une façon asynchrone. La ligne " ascendante "
de l'acquisition de la souveraineté par la république
- positions nouvelles acquises dans la lutte pour l'indépendance
du Tatarstan vis-à-vis u Centre Fédéral -
a eu lieu dans la première moitié des années
90. C'est à cette époque que se situent l'adoption
de la Déclaration de la souveraineté d'état
du Tatarstan (1990), l'organisation du référendum
sur le statut de la république (mars 1992), l'adoption
de la Constitution de la république du Tatarstan (novembre
1992), le déroulement de plusieurs pourparlers avec Moscou
qui ont amené à la signature du Traité de
délimitation de compétences et de délégation
réciproque de pouvoirs entre la Russie et le Tatarstan
(février 1994). A ce temps-là l'idée même
du passage à la graphie latine était en délibération,
à son étape initiale de prise des décisions
et de premières mesures préparatoires. Dès
la deuxième moitié des années 90 la république
commence à perdre sa souveraineté c'est un processus
qui a pris un rythme particulier et des traits bien distincts
après l'arrivée au pouvoir de Vladimir Poutine.
Le nouveau président de la Russie a repris l'objectif de
la centralisation du pays. Des mesures pratiques en vue de la
latinisation de l'alphabet tatar ont coïncidé avec
ce tournant politique radical ce qui a empêché de
bien amorcer la réforme.
Deuxièmement, du point de vue objectif l'idée du
passage à la graphie latine n'est devenue le sens et le
slogan d'un mouvement tatar quelconque ni dans la république,
ni non plus dans d'autres régions de la Fédération
de Russie ou des pays de l'ex-URSS. En d'autres termes la réforme
prévue était en charge de l'élite intellectuelle
nationale de Kazan, des gens qui pour la plupart absolue ont professionnellement
affaire à la langue. Les savants-philologues des milieux
académiques, professeurs des Universités, journalistes
et activistes des partis et des mouvements, plusieurs groupes
intéressés des intellectuels tatarophones (qui ne
sont pas tous de nationalité tatare) c'est approximativement
ce cercle qui était bouleversé par des polémiques
passionnées, qui élaborait des solutions de la résolution
du problème, qui proposait des variantes de projets. Tout
ce qui se passait ne s'appuyait pas sur la base collective sociale,
sur des orientations et des objectifs culturels et psychologiques
collectifs de la population tatare qui aurait fait preuve d'un
élan incontestable vers l'alphabet latin. Sinon, le passage
à une nouvelle graphie se serait effectué de son
propre chef, aurait engendré plusieurs catégories
de partisans dans les couches les plus larges de la population,
aurait amené à la création d'un nombre considérable
des groupes d'initiative personnelle de types différents,
des unions des amateurs, des sujets indépendants dans le
domaine des mass-média. Cela n'a pas eu lieu sur une vaste
échelle ce qui est devenu, selon notre point de vue, une
des causes d'un refus si facile des décisions répondant
aux représentations de la " souveraineté linguistique
" qui ont été déjà prises au
niveau législatif.

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