CONCLUSIONS DE L'ATELIER 4


Rapporteur: Bjorn Jernudd

Notre congrès mondial sur les politiques linguistiques implique qu'il y a des problèmes et des questions linguistiques qui demandent à être gérés. L'implication de Linguapax dans les politiques linguistique et l'intérêt de notre groupe de travail pour le rôle de la société civile dans les politiques linguistiques impliquent, à l'évidence, la reconnaissance de l'expression complexe et organisée d'intérêts sociaux, économiques et politiques différentiels qui ont des conséquences sur les politiques linguistiques. Les actions de la société civile sont en interaction avec les actions gouvernementales dans les processus de politique linguistique.

Etant personnellement concerné par la planification et l'aménagement linguistique depuis quelque 35 années, j'apprécie le regain d'intérêt pour la planification linguistique et les processus de politique linguistique. Je remercie les participants de l'atelier 4 de m'avoir supporté durant cette semaine d'écoute et de débats intenses. Je félicite Linguapax pour ce congrès. L'atelier 4 soutient de tout cœur Linguapax et son intérêt pour les processus de politiques linguistiques.

L'atelier 4 a débattu sur des exposés consacrés à tes thèmes très variés - depuis l'exposé d'introduction sur le rôle des ONG dans la promotion des langues minoritaires, jusqu'aux études de cas détaillées portant sur les travaux d'associations de volontariat pour encourager l'usage de certaines langues auparavant supprimées dans des endroits aussi différents que l'Estonie, Valence ou les Amériques. Nous avons écouté et discuté sur les communications qui mettaient en contraste les idéologies de la concurrence et de la solidarité ou cherchaient des moyens pour que les parlants puissent utiliser librement leur propre langue lorsqu'ils s'adressent aux administrations; nous avons parlé de la façon de permettre aux parents de faire des choix informés concernant les langues d'éducation de leurs enfants. Je vous invite à revisiter le programme, à contacter les orateurs par courriel pour obtenir les copies de leurs communications. Nous espérons pouvoir bientôt lire toutes ces communications dans un rapport.

Quelques-uns des points importants échangés durant la semaine se reflètent dans nos recommandations. Si nous avions eu plus de temps pour continuer à travailler ensemble, nous aurions pu y refléter une part plus importante des questions soulevées et des expériences partagées.

Gardant ceci à l'esprit je vais maintenant représenter du mieux que je peux les idées que notre groupe a exprimées collectivement en vue du rapport d'aujourd'hui. Je n'ai pas eu l'occasion de consulter mon groupe après la rédaction de ce communiqué, aussi il doit être considéré comme provisoire. J'assure la responsabilité de toute erreur ou déformation.

Nous avons formulé quelques principes destinés aux ONG mais aussi à l'ensemble de nos travaux, que voici :

  • Travailler suivant une idéologie de solidarité
  • Travailler avec une conscience morale et éthique
  • Promouvoir la diversité en tant que valeur générale
  • Respecter et permettre le respect de soi pour chaque parlant de chaque langue
  • Prôner et rendre possible l'accès à l'éducation multilingue
  • Adopter une vision systémique
  • Prôner l'accès à l'éducation dans la langue maternelle comme un droit
  • Respecter l'égalité et l'équité linguistique
  • Ne pas dichotomiser la théorie et la pratique
  • Créer des espaces pour TOUTES les expressions linguistiques, spécialement pour les PERFORMANCES

Certaines recommandations s'adressent spécifiquement à Linguapax, d'autres moins. Le Comité Linguapax est invité à considérer nos idées.

La première question à résoudre est, qu'entendons-nous par société civile, par organisations civiques et par ONG ? Le groupe de travail a considéré, et c'est là notre première recommandation, que répondre à cette question revêt une importance considérable. Nous avons réalisé que pendant cette semaine nous avons rencontré un groupe très diversifié de personnes qui travaillent pour un même objectif et qui a une incidence sur l'utilisation des langues :

  • des groupes de spectacle
  • des clubs de foot - les joueurs pratiquent des langues!
  • des organisations de parents d'élèves et de professeurs
  • des associations d'enseignants
  • des groupes d'études sur la toponymie
  • des syndicats professionnels


Voici une façon préliminaire d'approcher ce que sont les ONG :

Il y a des groupes à l'intérieur de la société qui

1) encouragent l'usage d'une langue

2) font pression pour mieux protéger une langue

et il y a des groupes régionaux et internationaux (pour plusieurs langues ou sur plusieurs états) qui

1) encouragent, font des recherches et agencent la connaissance des groupes et situations linguistiques, et

2) rassemblent les personnes, les idées, les exemples, pour offrir des idées aux groupes qui sont à l'intérieur de la société dans leurs contextes particuliers.

Les deux types de groupes sont en interaction mutuelle.

Les ONG régionales et internationales portent les questions linguistiques à l'attention d'acteurs au niveau international (un rôle pour Linguapax!)

Notre deuxième recommandation est que les ONG devraient contribuer à la création d'autres ONG.

Nous pensons qu'il est extrêmement important que les NGOs se comprennent elles-mêmes et comprennent leur rôle dans les processus de politique linguistique. Des travaux antérieurs peuvent servir de point de départ:

  • Jyotirindra Das Gupta: Language conflict and national development, Berkeley, Los Angeles, et Londres: University of California Press, 1970
  • E. Annamalai, ed.: Language movements in India, Mysore: Central Institute of Indian Languages,1979.

Un travail qui paraîtra prochainement est

  • Birger Winsa, manuscrit, " on civil society and cultural production in the designated minority languages in northern Sweden".

Le groupe a discuté sur la recherche et l'agencement des connaissances par les ONG avec le plus grand intérêt. Ce travail devrait servir à aider les groupes à faire des choix d'action informés.

Par conséquent, notre groupe soutient pleinement la collecte, l'agencement et le flux d'information en vue d'aider les groupes à faire des choix informés concernant les questions linguistiques.

Notre groupe reconnaît l'importance de développer des critères pour évaluer les actions et les résultats pour résoudre les problèmes linguistiques et répondre aux questions linguistiques. Nous recommandons la création d'une base de données d'actions et de résultats. Cette base de données serait construite selon les meilleures théories disponibles pour expliquer qui fait quoi pour résoudre tel type de problème linguistique, ou lié à la langue, dans des limites de temps et d'espace déterminées.

En particulier, notre groupe soutient fermement la coopération sud-sud (dans le sens idéologique du terme), pour mobiliser l'expérience et l'expertise partout où elles peuvent se trouver afin de travailler avec les groupes linguistiques locaux et les plus petits dans l'intention de partager l'information.

Notre groupe recommande aux ONG d'encourager les rencontres entre les parlants d'une langue et d'autres personnes, soit des universitaires spécialisés dans les langues pour explorer les problèmes communs à partir de leur propre perspective d'analyse et d'expérience, soit avec les spectateurs dans des représentations ou simplement entre personnes.

Les ONG devraient défendre les groupes linguistiques plus faibles.

Notre groupe soutient pleinement le travail en réseau des ONG.

Nous recommandons de réunir des personnes qui ont les mêmes problèmes et préoccupations.

Notre groupe reconnaît que les politiques, autres que les politiques linguistiques, ont des conséquences sur la situation des langues. Il faudrait examiner ces interrelations entre les politiques et, en particulier, notre groupe souligne la valeur du travail en réseau avec des ONG qui représentent des intérêts autres que linguistiques.

Nous reconnaissons l'importance d'explorer les relations entre la terre, les forêts, la mer et la continuité de l'usage des langues, entre le développement de la propriété, la négation de l'habitat, le déplacement des personnes et l'usage des langues; et nous recommandons la formation et la diffusion des connaissances sur ces relations.

Comme exemple de réseau, nous recommandons la création de coalitions entre tous les intéressés qui partagent une même préoccupation pour les conséquences que les politiques autres que les politiques linguistiques, la négation des habitats ou les déplacements, ont sur les langues.

Nous recommandons d'informer le monde sur la valeur des connaissances traditionnelles exprimées à travers diverses langues dans leur cadre de vie particulier.

Nous recommandons de lier les droits de la biotechnologie - de production écologique et à grande échelle- aux droits de la propriété intellectuelle pour les parlants des langues par lesquels ces connaissances s'expriment.

Notre groupe recommande aux ONG de créer des espaces pour l'art populaire et les beaux-arts dans les langues les plus petites et locales en particulier et, suivant l'un de nos principes, pour les spectacles.

Notre groupe recommande de chercher des manières (arguments, slogans, etc.) pour sensibiliser les personnes partout dans le monde pour qu'ils valorisent la diversité linguistique. Chercher une façon d'inciter les personnes à sauvegarder les langues. Coopérer avec la Foundation for Endangered Languages.

Notre groupe recommande que des ONG instruisent d'autres ONG sur les questions linguistiques et sur le fonctionnement et la constitution des ONG en général.

Certains points qui ont été mentionnés concernant la génération de connaissances sont :

Approfondir la compréhension de l'économie des langues, par rapport à l'usage des langues et à la diversité linguistique.

Explorer pourquoi tous les programmes d'éducation bilingue ne sont pas bénéfiques pour la vitalité de l'usage des langues.

Chercher des moyens, autres que l'éducation et l'alphabétisation conventionnelles, de (re)vitaliser l'usage des langues.

Aborder les effets dysfonctionnels de l'alphabétisation lorsqu'ils affectent les pratiques orales.

Evaluer la valeur ajoutée du tourisme culturel pour la continuité des langues petites ou menacées.

Problématiser le sens de l'expression aménagement linguistique, principalement pour expliciter la façon dont les modèles d'aménagement linguistique s'adaptent aux intérêts des parlants des langues petites et locales et comment l'aménagement linguistique tient compte des pratiques discursives des usagers des langues dans les actions d'aménagement linguistique.