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Moderateurs:
Ignace Sanwidi et Joseph Poth
Synthèse des conclusions relatives aux
travaux de l'Atelier 2 : Etudes de cas sur la gestion de la diversité
linguistique dans les communautés urbaines, semi-urbaines
et rurales.
Remarque générale
Etant donné l'abondance des situations spécifiques
et particulières identifiées dans les différents
cas présentés à l'intérieur de l'Atelier,
il s'est avéré opportun de rassembler les données
recueillies et de les sélectionner en fonction de leur
valeur utilitaire pour l'ensemble des participants. En conséquence,
la présente synthèse s'attachera à rendre
compte de tout ce qui est utilisable et exploitable dans des contextes
différenciés et n'accordera qu'une importance secondaire
à tout ce qui est trop spécifique et singulier.
Cette synthèse concerne quatorze exposés
sur les situations socio-linguistiques et socio-éducatives
prévalant dans les divers pays représentés.
Les noms des exposants, ainsi que le titre de leur communication,
se trouvent dans le dépliant du programme général
du congrès.
Point 1
L'une des premières leçons à
tirer des exposés entendus est que le problème de
l'aménagement linguistique en milieu urbanisé ne
se pose pas dans les mêmes termes dans l'ensemble des pays
représentés.
En effet il n'y a guère de comparaison possible
entre l'acuité du problème tel qu'on l'identifie
dans les pays européens et tel qu'il s'impose par exemple
dans un bon nombre de pays africains.
La nécessité pour les Etats africains
de disposer d'un corps de fonctionnaires le plus homogène
possible implique la nécessité de regrouper dans
les centres urbains des fonctionnaires et des agents d'ethnies
diverses. Il en résulte que la composition des classes
dans les écoles africaines présente de grandes disparités
au niveau linguistique. Cela veut dire que -dans la mesure où
une langue africaine est langue d'enseignement- tous les élèves
n'auront pas un statut identique face à cette langue d'enseignement.
Cela veut dire aussi que tous les enseignants qui sont originaires
de zones linguistiques différenciées n'auront pas
tous la même maîtrise de la langue maternelle.
Quelles sont les implications pédagogiques
et didactiques concrètes de cette situation ?
1.1 D'abord recenser les différents statuts
de l'élève face à la langue enseignée
(ceci dépasse le cadre de l'Afrique)
1.2 Élaborer des éléments méthodologiques
adaptés aux différents cas identifiés.
1.3 Élaborer des manuels et des guides du
maître correspondant aux situations réelles dans
les classes.
1.4 Adapter les programmes de formation des enseignants
et des futurs enseignants (formation initiale et permanente) pour
une exploitation optimale de ces matériels pédagogiques
et pour une pédagogie appropriée aux situations
réelles rencontrées
1.5 Appliquer effectivement ces programmes de formation
initiale et permanente : ce qui exige au préalable la formation
des formateurs de formateurs.
Point 2
Une autre leçon importante est que le recours
aux langues maternelles (y compris minoritaires) est une obligation
qui découle non seulement d'impératifs culturels,
économiques ou autres, mais c'est une obligation d'ordre
essentiellement psychopédagogique dans la mesure où
la langue maternelle est la seule qui favorise la transition entre
le milieu et l'école, et qui permet de poursuivre l'acquisition
des premiers apprentissages ouvrant l'accès aux savoirs,
aux savoir-faire et aux savoir-être qui sont les objectifs
de l'éducation.
Quelles sont les implications pédagogiques
et didactiques concrètes de cette situation ?
2.1 Dans aucun cas la nécessité de
donner aux enfants l'usage d'une langue de communication étendue
ne peut servir de prétexte pour supprimer le droit de l'enfant
à l'usage de sa langue maternelle à l'école.
2.2 Il y a obligation pour les responsables éducatifs
d'accorder aux langues maternelles (y compris minoritaires) un
statut légal dans les programmes officiels de l'enseignement
et de formation.
2.3 Toute réforme allant dans le sens indiqué
ne peut faire l'économie d'une campagne de sensibilisation
à tous les niveaux de la population en veillant à
ce que les couches socio-professionnelles favorisées (souvent
hostiles aux langues maternelles minoritaires) respectent les
programmes nationaux officiels qui ouvrent l'école aux
langues maternelles des enfants.
2.4 Prévoir impérativement un schéma
directeur d'aménagement linguistique incluant des mesures
d'accompagnement incitatives et motivantes (prise en compte des
connaissances dans les langues maternelles pour les examens et
concours, les recrutements aux emplois) et prévoyant des
" passerelles " d'un type d'enseignement à l'autre.
Point 3
Une autre idée-force s'est imposée
au groupe : le respect de la diversité linguistique, c'est-à-dire
le respect de toutes les langues maternelles qu'elles soient minoritaires
ou non, permet d'éviter les conflits dus au mépris
affiché par les Etats pour une certaine partie de locuteurs.
Tous les participants ont convenu que le rejet d'une
langue maternelle à l'intérieur d'un Etat engendre
rancur et méfiance, et débouche tôt
ou tard sur des conflits violents.
L'exclusion des langues maternelles de l'enceinte
scolaire crée frustration et traumatisme qui génèrent
un conflit interne chez l'individu, lequel débouche inévitablement
sur un conflit externe car, comment peut-on être en paix
avec les autres si on n'est pas d'abord en paix avec soi-même
?
Cette idée nous a paru fondamentale car elle
est à la base de toute la philosophie de Linguapax qui
est de créer les conditions de la paix grâce au respect
de toutes les langues minoritaires ou non.
Quelles sont les implications pédagogiques
et didactiques concrètes de cette situation ?
3.1 Présenter, en tant que citoyens, aux
autorités supérieures, la question des langues comme
une composante de la paix sociale.
3.2 Demander à ces autorités de prévoir
la composante linguistique comme une composante majeure de leur
programme de paix sociale.
3.3 faire prendre conscience à la population
dans son ensemble que, loin de semer les germes d'un conflit,
la promotion de la diversité linguistique au niveau national
garantit la paix sociale et le développement socio-économique,
et permet d'atteindre le développement humain durable.
Point 4
L'introduction des langues maternelles dans un système
éducatif exige certes des conditions de recherche appliquée
minimale dans les domaines linguistique, didactique, psycho-pédagogique
et socio-linguistique, mais l'état d'incomplétude
de la recherche ne saurait, en aucun cas, justifier le report
constant de la réforme sous le prétexte que cette
recherche n'est pas exhaustive ni achevée.
Quelles sont les implications pédagogiques
et didactiques concrètes de cette situation ?
4.1 Les groupes de concepteurs et de rédacteurs
de manuels scolaires dans les langues maternelles peuvent déjà
se mettre au travail même si tous les instruments normatifs
relatifs aux textes (grammaire, vocabulaire, orthographe) ne sont
pas encore disponibles.
4.2. Les phases exploratoires et expérimentales
pour la réforme peuvent être engagées avant
de disposer de tous les instruments didactiques souhaitables.
4.3 Il n'en reste pas moins que la phase de sensibilisation
et de motivation à l'enseignement des langues maternelles
jusqu'alors exclues des programmes scolaires reste un préalable
et un impératif.
Conclusion
En conclusion, en plus des idées précédemment
exposées, deux idées ont particulièrement
retenu l'attention des participants :
1. Il y a véritablement urgence à
ce que les Etats définissent une politique linguistique
claire et cohérente dans leurs systèmes éducatifs.
Il est en effet apparu comme tout à fait incohérent
de prôner la promotion des langues partenaires à
l'extérieur de son territoire tout en refusant de reconnaître
comme langues partenaires les langues minoritaires de son propre
pays.
2. De même, il est évident que le recours
à la coopération internationale dans le domaine
de la promotion des langues maternelles est une des conditions
de la réussite. A ce sujet, il n'échappe à
personne que les organisations internationales, telles que l'UNESCO,
ne doivent pas relâcher leur effort en faveur de la promotion
des langues maternelles, et notamment de celles qui sont les plus
fragilisées. Sur ce point l'Institut Linguapax est porteur
de grandes espérances.

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