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Moderateur:
Jean-Jacques Van Vlasselaer
Monsieur le Président de séance,
j'ai l'honneur de vous présenter les réflexions
synthétisées du groupe de travail No 1 qui portait
essentiellement sur les législations linguistiques et leurs
applications.
Cette synthèse se fera
sous la forme suivante.
1. une très courte introduction
2. le résumé qui se fera en trois parties
a. une description objective courte des 14 présentations
b. une synthèse conceptuelle
c. quelques propositions qui en découlent
3. conclusion en forme de note personnelle
1. Introduction
Il y a la logique de guerre, il y a la logique de
paix. Ce qui a rassemblé les participants à ce congrès,
c'est bien la logique de paix. Je crois que c'est fondamental.
Il s'agit d'un état d'esprit. Celui du dialogue, rencontre
double, dans le sens ethymologique, de la ratio et du langage.
Celui de la rencontre avec l'autre. Celui de l'intégration
de la différence. Celui de la volonté envers la
diversité linguistique.
Dans cet esprit là, dans notre groupe de
travail - remarquablement homogène dans sa présence
et constant dans le nombre élevé de participants,
participation d'ailleurs à un très haut niveau -
il y a eu courtcircuitage du langage dualiste, une volonté
de dépassement de la simplification, de tout réductionnisme
(dans ses vues sur la société e.a.) de tout folklorisme,
de toute banalisation. On le sait, les clichés culturels
sont les pires ennemis de l'ouverture à l'autre. Nous nous
sommes donc rangés du côté d'un Edgar Morin
qui décrit la vie et la nécessité scientifique
comme une complexité bien souvent paradoxale. C'est pourquoi
nous avons souvent eu recours au mots de "nuanciation",
de modulation, de variations, même du néologisme
"variationisme". Ce qui répond aussi à
la notion de "fluidité" dont nous avait parlé
notre collègue Khubchandani.
Et dans ce groupe de travail qui devait s'occuper
d'une des matières les plus sèches qui soient, "les
législations", le sujet même s'est inscrit dans
des contextes, des meta-contextes riches, humains, ce qui répondait
à sa façon à une pensée écologique,
une approche holistique bien nécessaire pour répondre
aux problèmes auxquels nous nous attaquons.
Parce que le langage, ici, n'était pas,
non plus, traité comme un objet, une commodité,
mais comme ce que j'appelle la "cristallisation" de
la culture et que notre ami Jerzy Smolicz appelle la "valeur-clef"
de la culture
Enfin, notre monde change à une vitesse
multipliée: Miquel Siguan nous l'a rappelé jeudi
soir en petit comité: Linguapax a été pensé
il y a 12 ans à Kiev. En ces 12 ans il y a eu de profondes
modifications. Dans 12 ans il y en aura d'autant plus. "L'avenir
est de l'ordre de l'improbable" (encore, E. Morin). Et comme
nous l'a suggéré Robert Dunbar: donnons aux langues,
qui ont connu une longue histoire, un long avenir. Et restons
à tout intstant comme l'a dit le Zeneyp Beykont, "vigilants".
Cette vigilance qui fera de tous ces sociolinguistes des politiciens
- dans le sens noble du terme, fait bien partie de Linguapax.
2. Résumé
a. statistiques:
- 14 présentations se sont données
dans le cadre du groupe de travail No 1.
3 provenaient d'Amérique du Nord, 7 d'Europe, 2 d'Asie,
1 d'Afrique et 1 d'Amérique latine.
- De cet ensemble, 2 ont été données
en catalan, 2 en castillan, 1 en français et 9 en anglais
- Tous, avec plus ou moins de rapport étaient
liés au domaine politico-legal; deux des présentations
étaient faites par des spécialistes du droit,
trois étaient d'une nature générale, neuf
étaient - ce que j'appelle - des études de cas
(portant sur, l'un le pays basque, l'autre la Catalogne, d'autres
sur la Colombie, sur les États baltes, sur la Macédoine,
sur des républiques russes comme Tyva et Khakassia
.).
1. Jean Claude Corbeil a ouvert l'horizon par
une réflexion large sur la concurrence linguistique mondiale.
2. Virginia Unamuno s'est penchée sur la
charte européenne des langues régionales et minoritaires
pour en montrer les incidences sur les législations et
les politiques de différents pays.
3. Zeynep Beykont a donné l'historique
de l'évolution de l'attitude américaine par rapport
à l'anglais comme langue nationale.
4. Alekssandra Gjurkova a dévoilé
la plaie qu'a ressentie la Macédoine sous la pression
de pouvoirs extérieurs dans sa relation avec la langue
albanaise.
5. Tamara Borgoyakov a comparé deux modèles
de politique linguistique portant les conséquences de
l'éclatement de l'empire soviétique.
6. Robert Dunbar s'est surtout intéréssé
au suivi de lois linguistiques, à partir de cas précis
au Canada et au Royaume Uni pour tirer des conclusions sur le
plan international.
7. Mujawaki Hiroyuki a fait une étude de
terrain dans les différents territoires conquis par le
Japon et les conséquences linguistiques de l'impérialisme
nippon.
8. Paula Kasares a donné en détail
les cinq statuts officiels sous lesquels la langue basque subit
sa destinée contemporaine.
9. Lluis de Yzaguirre a lancé un vibrant
appel pour un bilinguisme non manipulé en pays catalan.
10. Alfred Matiki a démontré comment
l'exclusion linguistique au Malawi est une conséquence
continue du colonialisme britannique.
11. Angel Pachev a réfléchi sur
les tendance européanisantes de la diversité linguistique.
12. Uldi Ozolins a dressé un éblouissant
tableau de la situation linguistique complexe dans les pays
baltes et a donné ses suggestions de solution au maintien
des trois langues.
13. Maria Trillos a cloué tout le monde
au sol par sa brillante description de l'approche linguistique
de la Colombie.
14. Finalement, Snetzana Trifunovska a fait un
complet et clair exposé sur les aspects légaux
internationaux ayant trait à la protection des minorités
linguistiques. Maintenant nous savons tout sur les lois "douces"
et "dures". Et nos rencontres ne pouvaient mieux se
terminer.
b. synthèse
b1. Réflexions sur la loi
* Il n'y
a pas d'égalité des droits linguistiques en Europe
et cela ne doit pas nécessairement être ainsi,
c. à d. les mêmes mesures ne peuvent être
prises pour toutes les langues pour un ensemble de raisons.
* Ce qui
est fondamental, c'est que toute loi doit renforcer le faible.
La protection du plus faible est une priorité.
* Ceci dit,
les droits linguistiques doivent tenir compte
- du principe de diversité (principe d'ouverture)
- du principe de territorialité (principe de modulation)
- du principe d'urgence (principe chronologique)
et doivent se mesurer à l'éthique proposée
par Linguapax ou ce que Linguapax représente.
* Il faut
noter que dans sa mise en pratique, toute politique, toute législation
linguistique crée un nouvel équilibre, c. à
d. un nouveau déséquilibre, qui permet, bien sûr,
à la société à évoluer.
* Il faut
faire une différence entre politique linguistique et
législation linguistique.
* Une législation
politique est nécessaire pour une relecture du pouvoir.
b2. Réflexions sur le pouvoir:
* A travers
les ¾ des présentations passait, en filigrane,
une constante: celle du pouvoir et de ses inégalités;
les relations de pouvoir, des plus historiquement ancrées
à celles du colonialisme, à celles de toutes les
formes d'impérialisme, militaires et/ou économiques,
passées, présentes. Et qui créent des communautés
d'exclus, des êtres marginalisés, d'"aliénés",
dont Sartre avait si bien parlé.
* De là,
la réflexion que le droit linguistique s'inscrit dans
les droits de la personne.
* De là
aussi, la réflexion que ce droit linguistique doit s'inscrire
dans un ensemble plus large qui est celui du droit à
l'éducation (dont la base est, bien sûr, la langue
maternelle) et qui est en réseautage complet avec les
autres domaines qui représentent les fonctions de la
société comme l'administration, le commercial
b3. Une fois ces deux concepts éclaircis,
mis en évidence, le groupe de travail a identifié,
sur proposition de Uldis Ozolins, les situations spécifiques
suivantes:
I. celles
qui concernent les minorités historiques du genre européen
(basque, catalan, fries, gaelic,
);
II. celles
des langues maternelles marginalisées;
III. celles
qui présentent un multilinguisme répandu (comme
dans les pays africains où des individus parlent jusqu'à
12 langues
);
IV. celles
qui sont les conséquences bien spécifiques de
situation impérialistes;
V. celles
qui représentent un arrangement politique imposé
de l'extérieur (Macédoine);
VI. celles
qui proviennent des immigrations (si mal résolues en
Europe
);
VII. celles
qui portent sur les communautés diasporiques (virtuelles)
Sur ces
sept cas différents, l'intervention sociolinguiste, légale
et ultimement politique produit un cycle de tranformation suggéré
par J.C. Corbeil et qui s'articule comme suit.
I. une société
existante dont le jeu de pouvoir crée des inégalités,
dont la source est le muselage linguistique sous une forme ou
l'autre;
II. l'intervention
se situe au niveau du statut des langues (par la description
aussi des effets de la relation des langues sur la société
et sur les individus);
III. des
ressources mis à la disposition (politique, législatives)
et mis en pratique, suivies pour que le processus de rééquilibrage
se fasse;
IV. une
société modifiée où il y a transition
de langues avec plus de pouvoir passent à des langues
avec moins de pouvoir. Ces transitions linguistiques ressemblent
de près - comme nous l'a dit J.Claude Corbeil - aux transitions
démocratiques.
b4.
Le groupe de travail a voulu relever dans ces processus, que
ceux-ci soient de transformation, d'aliénation, les faits
suivants :
I. l'impact
sur l'être humain, l'individu, l'impact sur la vie quotidienne;
II. qu'il
ne faut pas, dans cette dynamique de transformation oublier
le point de vue du linguiste-documentaliste qui se doit de décrire
toute langue pour en préserver toute l'information et
ainsi en garder toute l'histoire;
III. qu'il
faut, pour que cette dynamique réussisse pleinement,
ne pas oublier d'éduquer les parents, les enseignants,
les psychiatres, les juges, les politiciens
;
c.
Tout ceci nous a amené à quelques recommandations
comme
c1.
Études:
I. une recherche
sur l'impact qu'ont les relations de pouvoir sur le potentiel
linguistique des êtres humains.
II. une
étude comparative sur les conséquences de l'impérialisme
sous toutes ses formes passés et présents - sur
le champ linguistique (compétence et performance) et
communicationnel des "vaincus".
c2. que
Linguapax prenne une position nette et critique en faveur de
certaines chartes/lois internationales (comme la Charte des
droits des minorités; loi sur les immigrés
)
et devienne la force première derrière la Déclaration
universelle des Langues.
c3. que
Linguapax signe des accords entre des organismes comme l'Académie
africaine des Langues et soutienne l'apprentissage des langues
autochtones là où c'est possible. Les droits de
la personne à l'éducation à travers les
langues autochtones mérite cette intervention spécifique
par Linguapax.
Enfin,
et ce sera ma conclusion, à partir d'une remarque de
Zeynep Beykont et d'une réflexion de Robert Dunbar. "Il
faut aussi montrer au monde ce qui marche", les domaines
de réussite. Et cela ne se trouve pas nécesairement
dans notre arrière-cour, c. à d. dans notre aire
culturel.
Ainsi avons-nous
entendu mentionner des expériences africaines (comme
au Nigéria), et surtout, dans l'exposé de Maria
Trillos, l'extraordinaire leçon de civilité d'un
pays, la Colombie, où l'on s'attendait pas nécesairement
d'une attitude humaniste par rapport à la multitude de
langues autochtones.
Cet apprentissage
à partir de l'autre s'appelle l'altérité
(otherness). C'est l'autre qui nous permet notre identité.
Cette multiplicité différentielle qui s'articule
petit à petit. A l'écoute de l'autre. Dans le
dialogue. Par la logique de paix. La paix par la langue libérée
de l'autre. Linguapax.

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